AIRBUS GROUP : À SON TOUR, AIRBUS EST VICTIME DE LA MENACE DE TAXES AMÉRICAINES

AIRBUS GROUP : À SON TOUR, AIRBUS EST VICTIME DE LA MENACE DE TAXES AMÉRICAINES

Rédigé le 09/04/2019


(BFM Bourse) - Les États-Unis haussent le ton à l'encontre de l'Union européenne, en menaçant d'imposer des taxes douanières à Airbus et de nombreux produits européens, si Bruxelles ne met pas un terme aux subventions alléguées au secteur aéronautique. C'est une nouvelle fois l'OMC qui est appelée à arbitrer un conflit récurrent opposant Boeing et Airbus via leurs pays d'origine.

 


Vers 9h30, l'action Airbus affiche le plus net repli de l'indice phare de la Bourse de Paris (-1,9% à 118,5 euros) au lendemain d'une hausse de 1,7% en réaction au communiqué de Boeing annonçant une réduction de la cadence de production de son avion vedette, le 737 MAX, dont la sécurité est en cause après deux accidents meurtriers. Le titre Airbus efface donc ses gains de la veille dans les premiers échanges, mardi, à la suite du communiqué publié la veille par le représentant américain au commerce (USTR), Robert Lightizer, qui estime que les subventions accordées par l'Union européenne à Airbus "pénalisent" les États-Unis à hauteur de 11 milliards de dollars d'échanges d'échanges commerciaux par an.

Un conflit commercial qui s'éternise

Washington menace d'appliquer des hausses de taxes douanières à l'avionneur européen mais aussi sur une centaine d'autres produits -dont le vin et le fromage, on se demande qui est visé- si l'Union européenne ne met pas un terme à certaines subventions au secteur aéronautique.

Les États-Unis franchissent donc une nouvelle étape dans ce conflit qui oppose Boeing, Airbus et leurs pays respectifs depuis 2005, les deux camps s'accusant mutuellement devant l'OMC de verser des subventions illégales à leur champion de l'aéronautique respectif.

"L'OMC a plusieurs fois conclu que les aides de l'Union européenne avaient causé des torts aux Etats-Unis", indique le communiqué de l'USTR, Washington estimant que Bruxelles ne s'est pas conformée à la décision de l'OMC et s'affirmant prêt à mettre en place des sanctions dès cet été, quand l'OMC aura rendu son nouvel arbitrage. "Notre but ultime est de conclure un accord avec l'UE pour mettre un terme aux subventions à destination des gros porteurs civils, en contradiction avec les règles de l'OMC" indique ainsi le communiqué, qui précise que lorsque l'UE cessera ces "aides néfastes", les taxes douanières imposées en représailles pourront être levées.

Toujours selon l'USTR, les subventions accordées par l'UE à Airbus auraient fait perdre à Boeing l'occasion de vendre plus de 300 appareils et des parts de marché dans le monde entier. Dans la tourmente depuis le crash meurtrier de l'Ethiopian Airlines en mars dernier, l'avionneur de Chicago (dont le titre a encore perdu 4,4% lundi) s'est félicité de cette annonce de l'USTR : "Boeing soutient le représentant américain au Commerce et son équipe dans leurs efforts pour rendre équitable les règles du jeu sur le marché mondial de l'aviation" a ainsi déclaré le constructeur aéronautique dans un communiqué. Selon le constructeur, il est "désormais souhaitable que la publication de la liste préliminaire de nouvelles taxes contraigne l'UE à se conformer aux précédentes décision de l'OMC". Boeing ajoute qu'il "a toujours soutenu le respect par les États-Unis des décisions de l'OMC et qu'il est temps que l'UE suive cet exemple et cesse tout soutien gouvernemental illégal pour Airbus".

L'avionneur européen a également réagi au communiqué publié par l'USTR en jugeant qu'il n'y avait "aucun fondement juridique à la décision des États-Unis de mettre en oeuvre des représailles", ajoutant que l'UE s'était conformé aux décisions de l'OMC. Bruxelles a d'ailleurs jugé, mardi matin, "largement exagéré" le niveau des contre-mesures envisagées sur les produits européens par Washington.

L'enjeu de ce conflit commercial -l'un des cas les plus long et difficile à traiter pour l'OMC- qui oppose l'Europe et les États-Unis s'élève à plusieurs milliards d'euros. Dans le cadre de celui-ci, l'Union européenne avait obtenu la mise en place, l'été dernier, d'un nouveau panel d'experts pour arbitrer ce conflit. Dans le même temps, les États-Unis ont de leur côté demandé à l'OMC de déterminer le montant des sanctions qu'ils pourraient imposer à l'UE concernant les aides contestées. Inversement, dans le dossier des aides distribuées à Boeing cette fois, l'OMC a confirmé fin mars dernier que Washington ne s'était pas pleinement conformé à sa décision de 2012, qui lui intimait de mettre fin aux aides apportées sous forme d’allègements fiscaux.

À noter que ce communiqué intervient dans un climat de tensions commerciales récurrentes avec la Chine d'un côté et l'Union européenne de l'autre. L'administration Trump est en effet devenue coutumière des droits de douane punitifs, dont elle brandit la menace pour renégocier des traités commerciaux. L'UE et les États-Unis s'efforcent ainsi de concrétiser depuis des mois l'entente commerciale annoncée fin juillet dernier par Donald Trump et Jean-Claude Juncker, en négociant notamment un accord commercial limité aux biens industriels.


Source : BFM BOURSE